Là où l’intime devient politique

La proposition de loi adoptée le 28 janvier à l’Assemblée nationale autour du « devoir conjugal » vient toucher un espace profondément sensible : l’intime.

Au-delà du débat juridique, elle résonne avec une période de grande remise en question de la place des femmes et des hommes, à la fois sur le plan sociétal, relationnel et personnel. Le mot patriarcat circule de plus en plus, car il met en lumière une réalité encore bien vivante : une domination du masculin sur le féminin, inscrite dans l’histoire, le travail, l’argent, la politique, la famille… et jusque dans nos corps et nos relations les plus proches.

Soyons lucides : cette loi ne transformera pas, à elle seule, les rapports femmes-hommes. Ces dynamiques sont complexes, anciennes, profondément imprimées dans l’inconscient collectif.
Mais elle est hautement symbolique, car elle questionne la souveraineté individuelle, et ici, dans la sphère la plus vulnérable : celle de l’intimité.

Au cœur de cette question se trouve un mot essentiel : le consentement.
Consentir ne commence pas par dire oui ou non à l’autre.
Cela commence par être capable de sentir ses propres besoins.

Or, cela n’est pas inné. Dans nos éducations – familiales et collectives – on ne nous apprend que rarement à nous écouter, à reconnaître ce qui est juste ou non pour nous. Beaucoup d’enfants apprennent à s’adapter, à se taire, à se couper de leurs ressentis pour préserver le lien. Ces mécanismes se rejouent ensuite à l’âge adulte, notamment dans la sphère intime.

Vient ensuite une seconde étape, souvent encore plus délicate : oser poser sa vérité.
En thérapie, je constate fréquemment combien cette mise en mots peut être coûteuse. Il arrive que la personne accompagnée s’en veuille d’avoir parlé, tant la réaction en face est violente. Ne soyons pas naïfs : une personne qui fait du mal – consciemment ou non – ne peut pas toujours l’admettre. Elle résiste, se défend, inverse, continue… sans réellement entendre l’autre.

Dans ce contexte, oser dire sa vérité est déjà une victoire.
Quelle que soit la réponse extérieure.
C’est souvent ce que je rappelle en accompagnement :
le véritable enjeu n’est pas le résultat en face,
mais le fait de ramener son cœur en soi,
de ne plus le confier à l’autre,
de retrouver un axe intérieur, une sécurité, une souveraineté.

La loi peut ouvrir un débat.
Mais la transformation profonde commence à l’intérieur.
Dans l’écoute de soi.
Dans le courage de se dire.
Dans le respect de son intégrité, même lorsque cela bouscule.

C’est là que commence la guérison.
Et c’est depuis cet endroit que de nouvelles relations, plus conscientes et plus justes, peuvent émerger.

Avec Âmour,
Sabryna

Ressources :
⚖️En France, le devoir conjugal ne peut en aucun cas justifier une relation sexuelle sans consentement.
👉 Le viol conjugal est reconnu comme un crime (Cour de cassation, 1990), et le consentement est un principe fondamental du droit pénal.
https://www.france24.com/fr/france/20260129-mariage-france-assemble-nationale-fin-devoir-conjugal-violences-sexuelles

Photo : by Xavier Caihol – Estelam

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